Le logo de la COP31 à Antalya, le 1er octobre 2026 en Turquie ( AFP / Goksel YAPAR )
Face à l'aggravation des impacts du réchauffement climatique, les pays en développement auront besoin de 305 milliards de dollars par an d'ici 2035, soit près de dix fois le montant qu'ils reçoivent actuellement des nations riches, indique mercredi un rapport de l'ONU.
Le financement climatique, particulièrement celui destiné à l'adaptation, sera un sujet brûlant de la COP31, la conférence des Nations unies sur le climat, qui s'ouvre lundi à Antalya (Turquie).
Face à un climat en mutation rapide, il vise à protéger les pays en développement par des mesures allant de la construction de digues à la culture de variétés résistantes à la sécheresse ou au renforcement de la résilience des habitations.
Mais en 2024, ces financements n'ont progressé que d'environ un milliard de dollars, pour atteindre entre 28,2 et 31,7 milliards de dollars, selon le rapport 2026 du Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE).
Ce montant est inférieur à l'objectif fixé à la COP26 de Glasgow, qui prévoyait de doubler les financements publics internationaux consacrés à l'adaptation entre 2019 et 2025, pour les porter à 40 milliards de dollars.
Déficit "ahurissant"
Alors que 2026 a été "un rappel brutal" du fait que les désastres liés au réchauffement de la planète n'épargnent personne, les pays en développement auront besoin d'environ 305 milliards de dollars par an d'ici 2035 pour s'adapter, estime le PNUE.
Niveau moyen mondial de dioxyde de carbone et de méthane dans l'atmosphère d'après l'Organisation météorologique mondiale de 1984 à 2025, et leur rythme annuel d'augmentation ( AFP / Nicholas SHEARMAN )
Ce chiffre exclut toutefois, pour l'essentiel, les besoins propres au secteur privé, qui pourraient presque doubler ce montant, est-il ajouté.
Le "déficit" est "ahurissant. Pour chaque dollar dont les pays en développement ont besoin pour s’adapter, ils n’en reçoivent que 10 cents", a réagi le secrétaire général, Antonio Guterres dans un message vidéo.
Cet écart se mesure également "en vies humaines, en moyens de subsistance et en avenirs perdus", a-t-il ajouté.
"Le monde n'est pas prêt à s'adapter aux conditions climatiques actuelles, et encore moins à celles qui résulteront d'un dépassement du seuil de 1,5°C" de réchauffement, avertit dans un communiqué Inger Andersen, directrice exécutive du PNUE.
Elle appelle les États à intensifier leurs efforts lors de la COP31 pour concrétiser l'objectif adopté l'an dernier de tripler les financements de l'adaptation d'ici 2035.
Mais, même atteint, "une fois ajusté à l’inflation, ce triplement ne couvrirait que 20 à 29% des besoins en financement de l’adaptation en 2035", souligne le rapport.
Pertes "catastrophiques"
Par ailleurs, le "financement ne suffit pas à lui seul", souligne l'ONU, notant que la mise en œuvre des mesures d'adaptation se heurte également à des obstacles institutionnels.
Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, à Erevan, le 15 octobre 2026 en Arménie ( AFP / KAREN MINASYAN )
Même si quelques "progrès" ont été fait, notamment en matière de financement par les banques multilatérales de développement ou via des transferts de fonds entre pays du sud, le rapport souligne également que les dommages causés par le dérèglement climatique restent largement sous-évalués et insuffisamment financés.
Ainsi concernant le fonds pour les "pertes et préjudices", décidé lors de la COP27, en 2022, afin d'aider les pays vulnérables à se relever après des catastrophes naturelles liées au climat, sa première phase de financement a suscité des demandes s'élevant à 2,8 milliards de dollars — un montant bien supérieur à l'enveloppe initiale de 342 millions de dollars.
Par ailleurs, la plupart des aides sont faites sous forme de prêts, augmentant le poids de la dette des pays en développement. Koaile Monaheng, expert en financement climatique à Greenpeace, demande que les gouvernements augmentent "immédiatement" les financements sous forme de subventions.
"Chaque retard dans le financement de l’adaptation transforme les impacts climatiques en pertes et dommages catastrophiques", a-t-elle souligné.
"Nous savons qui est le plus exposé aux risques. Nous savons ce qui fonctionne. Ce qui fait défaut, ce sont les fonds — et la volonté politique", remarque aussi M. Guterres.
"Le choix est simple : investir dans l'adaptation aujourd'hui ou payer le prix de la catastrophe demain", conclut-il.

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